• sandrarueda

Vivre une naissance traumatisante

Nous en connaissons toutes ! Des amies, des soeurs, des cousines, des tantes ou même nos propres mères, qui ont été traumatisées par la naissance d’un de leurs enfants.


À toutes ces femmes qui gardent un souvenir douloureux de la naissance de leur bébé, qui ont ressenti de la peine, de l’impuissance, qui ont eu du mal à s’attacher, à dépasser le souvenir, à profiter de leur bébé et à entrer dans leur maternité, j’ai voulu écrire cet article.

J’ai voulu m’adresser à vous pour vous dire que vous n’y êtes pour rien !


Cette expérience bouleversante que vous avez vécue, vous a traumatisée car notre système ne sait pas toujours bien prendre en charge les femmes qui accouchent et qui vont bien. Il sait gérer les pathologies et pour ça il est le meilleur ! Mais quand il s’agit de laisser faire, de faire confiance aux ressources intérieures de la mère, de simplement accompagner par une présence rassurante, il n’est pas toujours adapté. Heureusement, il y a des perles rares, des personnes extraordinaires qui mènent des combats de l’intérieur pour faire évoluer la prise en charge. Mais trop peu comparé aux nombres de femmes qui accouchent chaque année.

La façon actuelle de prendre en charge la naissance est créatrice de multiples complications. Pour les mamans qui dépassent le terme, le déclenchement est une première source de complications possible. Pour les autres, dont le travail se déclenche spontanément, le simple bruit et la fréquence des monitorings tout au long de la naissance crée un climat anxiogène pour les mères qui ont alors du mal à produire de l’ocytocine. Et encore plus lorsqu’elles ne sont pas libre de leurs mouvements.

Or, l’ocytocine est une hormone essentielle car elle rend les contractions efficaces sur le col de l’utérus et favorise donc un accouchement rapide.


En ne produisant pas assez d’ocytocine, l’accouchement ralenti ; on pratique alors des actes pour l’accélérer. Percée de la poche des eaux, injection d’ocytocine de synthèse, la douleur s’intensifie, la maman demande alors souvent une péridurale. Cette dernière ralentie encore le travail tout en infligeant des contractions beaucoup plus fortes du côté du bébé malgré le fait que la mère ne ressente plus de douleur de son côté.

Cette augmentation d’intensité, certains bébés vont bien la supporter, d’autres vont commencer à montrer des signes de faiblesse au niveau du rythme cardiaque, surtout si la péridurale est posée pendant plusieurs heures. Il faut alors aider le bébé en souffrance à sortir plus rapidement.


Si le bébé est bien descendu et engagé dans le bassin, le médecin sera amené à utiliser des instruments comme la ventouse ou les forceps pour l’aider à sortir. Au besoin, on pratiquera également une épisiotomie pour éviter une trop grande déchirure au moment du passage et de la poussée.

Si le bébé est encore très haut, alors on expliquera à la mère qu’elle doit partir en césarienne sans tarder pour sortir son bébé.


Quand on comprend ces liens de cause à effet, on se rend compte de l’aberration dans laquelle nous sommes parfois.


Les parents sont généralement confiants la première fois qu’ils vont à l’hôpital pour la naissance de leur enfant. Ils se disent que plus l’hôpital est compétent sur le plan pathologique, plus leur accouchement sera bien pris en charge. En réalité, ce n’est pas là que le vécu de la mère se joue. Car le plus difficile pour elles, c’est ce désenchantement qu’elles vivent entre ce qu’elles imaginaient comme le plus beau jour de leur vie et une réalité beaucoup plus sombre de rationalisation des actes, d'optimisation dans un système à bout de souffle.


Une prise en charge déshumanisée, des décisions inexpliquées, des actes quasi-imposés ou non consentis, le manque d’écoute et d’empathie en suites de couche, il y a là tous les ingrédients d’une naissance traumatisante.

À aucun moment, la mère n’a eu le choix de vivre les choses autrement.

Pouvoir comprendre cela, c’est commencer à entamer une réparation.

Car non, vous n’y êtes pour rien, et oui c’est injuste et ça doit changer.


De nombreuses associations comme Stop aux violences obstétricales et gynécologiques tirent la sonnette d'alarme depuis de nombreux mois, et particulièrement depuis la période de Covid 19. En effet, de nombreuses maternités imposent le port du masque pendant l'accouchement, malgré les recommendations de l'OMS qui précisent de ne pas porter le masque pendant les efforts physiques. Le collectif a établi un Rapport d'enquête sur la grossesse, l'accouchement et le post partum pendant l'épidémie de Covid-19. Il met en lumière des témoignages de femmes ayant accouché en maternité pendant la période de confinement et après. Le bilan est inquiétant. Sur plus de 2000 témoignages recueillis, on constate 70% de mères ayant un ou plusieurs signes de dépression du postpartum ou de stress post-traumatique après la naissance. Pour les femmes ayant été contraintes de porter un masque, on monte à près de 75%.

Je pense à cette citation de Simone de Beauvoir qui résonne souvent en moi : "N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant." On peut désormais ajouter à cette liste qu'il "suffira d'une crise sanitaire".


En France, il est temps de prendre les mesures qui s'imposent pour mieux traiter les femmes qui accouchent ! La première étant la suppression du masque pendant l'accouchement comme l'ont déjà décidé d'autres pays.

Aux Etats-Unis, le masque n'est recommandé que pour les femmes testées positives au Covid, mais elles peuvent ne pas le porter pendant la phase de poussée. Au Royaume-Uni, le masque n'est pas imposé aux femmes au motif du respect des droits des femmes et en rappelant les risques possibles au cours de l'accouchement.

En France, nous pouvons et devons donc faire mieux.