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Pourquoi pratiquer le massage bébé ?

Cette semaine, j’ai choisi de rédiger un article assez général sur le massage parent-bébé. En effet, je suis actuellement en cours de certification comme instructrice en massage bébé par l’association IAIM (International Association of Infant Massage), présente à travers le monde depuis plus 50 ans. En France, elle s’appelle AFMB (Association française de massage pour bébé). J’en découvre tellement au travers de cette certification que je me devais de commencer à partager un peu de toutes ces informations. L’objectif est de permettre aux jeunes et futurs parents de découvrir la pratique du massage bébé, ses bienfaits et ses fondements.

Le massage bébé ou ce qu’on peut plus généralement appeler le toucher sain du bébé est pratiqué depuis des siècles dans certaines cultures. En Inde, la plupart des bébés sont massés dès leur naissance, tout comme dans certaines cultures africaines. Le toucher y est naturellement considéré comme un sens à nourrir chez le bébé, et les mamans répondent à ce besoin de toucher en pratiquant le massage. Dans nos cultures occidentales, nous avons quelque peu perdu ces traditions et bien que tout le monde s’accorde à dire qu’un bon massage est un moment agréable qui apporte de la détente et de l’apaisement pour un adulte, on ne considère pas toujours spontanément cette pratique pour nos bébés.



Commençons par parler du toucher en général. Le toucher est le premier sens qui se développe chez le fœtus entre la 6ème et 9ème semaine de gestation. Notre peau est notre organe le plus étendu et le premier lien avec nos sensations physiques. Le fœtus évolue dans le liquide amniotique qui lui permet de se développer dans le ventre de sa mère, avec des sensations douces et caressantes. Peu à peu, en grandissant, il va de plus en plus occuper cet espace et ce sont finalement les sensations de contraction qui finiront par l’inviter à aller vers sa naissance.


Dès la mise au monde, le bébé va chercher à retrouver certaines sensations qu’il ressentait dans le ventre de sa mère. On observe fréquemment le réflexe de Mauro chez les nourrissons, qu’ils vont manifester lors d’un stress (bruit soudain ou sensation brusque). À ce moment là, le bébé a besoin d’une sécurisation affective. Il le manifeste en cherchant les limites de son espace à l’aide de ses mains. Il a besoin de se sentir contenu comme il l’était pendant la grossesse. De même, bercer un bébé permet de l’apaiser car cela simule les balancements qu’il ressentait lorsque sa mère était en mouvement et qu’il flottait dans le liquide amniotique.


L’anthropologue Ashley Montagu, dont la plus grande partie des recherches s’est tournée vers les facteurs de développement du potentiel humain, a longuement étudié l’impact du toucher dès la naissance et son influence sur le futur adulte. Dans son ouvrage « La Peau et le Toucher » publié en 1979, il démontre à quel point le toucher est un élément essentiel au développement du bébé, de l’enfant et du futur adulte. Pour le bébé, les stimulations tactiles affectueuses sont vitales. En effet, une absence totale de toucher peut mener au décès du nourrisson par épuisement et affaiblissement moral. À travers le toucher, l’enfant prend aussi conscience de son propre corps, et va développer l’envie d’utiliser son propre toucher pour aller explorer l’immensité du monde qui l’entoure. Par ailleurs, en recevant un toucher sain et affectueux, l’enfant apprendra aussi lui-même à pratiquer ce toucher sain en grandissant, ce qui participera au développement d’une vie affective et sexuelle équilibrée à l’âge adulte.


À l’heure actuelle, dans nos sociétés occidentales, le toucher n’est plus aussi présent et instinctif dans notre rapport avec le bébé. Tout d’abord, nos bébés sont habillés quasiment en permanence, ce qui peut constituer une forme de barrière au toucher. Par ailleurs, certaines des pratiques favorisant le toucher ne sont pas toujours mises en place dans nos cultures: dormir dans le même lit, pratiquer le peau à peau ou encore le portage physiologique. Il existe encore une peur liée à la croyance que les bébés trop câlinés, trop portés ou trop souvent dans les bras des parents deviendraient trop dépendants et plus « capricieux » à termes. Catherine Gueguen et l’ensemble de ses travaux de recherche sur le cerveau de l’enfant ont largement contribué à démontrer que bien au contraire, nos bébés et enfants ont besoin de maternage et de bienveillance pour pouvoir bien développer leur cerveau. Or, nos bébés manquent pour beaucoup de ce toucher nourrissant, sans forcément que l’on s’en rende compte.


Apprendre à masser son bébé, c’est ré-apprendre à intégrer le toucher sain et affectueux dans sa routine, et accorder à son enfant, un moment dédié à son bien-être. C’est créer un espace, dans un emploi du temps chargé, pour partager de la tendresse avec son enfant en dehors des gestes quotidiens qui impliquent pour beaucoup moins de présence et de conscience affectueuse : je te change, je t’habille, je te porte jusqu’à la voiture, je te mets dans la poussette, je te nourris, je te donne le bain, etc.


Avec le massage, on créé un espace où l’affection par le toucher est l’objectif même du moment présent. On apprend à observer son bébé, à communiquer par le regard, les gestes. On renforce le lien d’attachement entre les parents et l’enfant, théorie développée par John Bowlby, psychanalyste et psychiatre dans son ouvrage en 3 volumes à la fin des années 70, Attachement et perte. Au travers de ses recherches, il démontre que chaque enfant va naturellement se constituer un modèle de sécurité d’attachement auquel se référer en cas de danger. Il peut y avoir plusieurs figures mais il y en a toujours une qui est principale vers qui l’enfant se tournera en priorité. Ce lien d’attachement se constitue dans les 9 premiers mois du bébé, sera essentiel jusqu’à 3 ans, et restera primordial jusqu’à 5-6 ans. La pédopsychiatre Nicole Guédeney, auteur de « L’attachement, un lien vital » vulgarise au travers d’une conférence réalisée en 2016, les principaux concepts qui alimentent cette théorie.

Le massage est un outil concret pour renforcer le lien d’attachement.


Pendant le massage, le bébé va produire un certain nombre d’hormones qui sont apaisantes pour lui : l’ocytocine, hormone de l’amour, la dopamine, hormone du plaisir et de la créativité, les endorphines, hormones du bien-être, et la sérotonine, hormone de l’apaisement. Le bébé est en permanence stimulé par ses cinq sens qui l’aident à découvrir le monde qui l’entoure. En lui accordant ce moment, on permet à son système nerveux de s’apaiser et se rééquilibrer, ce qui va lui apporter un sentiment sécurisant, renforcer sa confiance en lui et permettre d’évacuer certaines tensions cumulées par toutes les stimulations au cours de sa journée. Le massage va aussi permettre d’accompagner le développement de son corps et soulager certains maux du nourrisson comme les coliques ou les poussées dentaires. Pour percevoir les bienfaits du massage, il est conseillé de le pratiquer au minimum deux fois par semaine. Sans cette régularité, il sera plus difficile d’en observer les bienfaits.

Au-delà de sa première année, le massage peut devenir un moyen d’accompagner les transitions pour l’enfant plus grand, lorsque les mots ne permettent pas d’exprimer certains ressentis, au moment de grands changements de vie : naissance d’un deuxième enfant, entrée à l’école, déménagement, adolescence, etc.


On peut utiliser le massage là encore pour évacuer le stress, les tensions ou l’anxiété en pratiquant ce toucher affectueux auquel il aura été habitué depuis sa naissance. En grandissant, l’enfant pourra choisir les parties du corps et devenir acteur de son massage.


Le massage est aussi très utile pour les bébés et enfants à besoin particuliers, atteints de handicaps, plus ou moins lourds. Ces enfants de par leur histoire connaissent beaucoup de touchers. Ils sont manipulés, dès leur plus jeune âge pour subir des examens ou analyses médicales. Ils ont d’autant plus besoin de recevoir un toucher sain et affectif pour les apaiser. Pour eux, le toucher doit être adapté à ce qui leur est tolérable. Et pour certains d’entre eux, on ne pourra d’ailleurs pas parler de massage mais uniquement de toucher relaxant ou contenant.


Ces outils ne sont pas toujours présentés aux parents de ces enfants par le corps médical car ils ne sont pas encore totalement intégrés comme pouvant accompagner ce type de situation. Et pourtant, comme l’explique Vimala Mc Clure, auteure de l’ouvrage « Le massage des bébés » publié en 1979, et fondatrice de l’association IAIM, la pratique du massage quotidien est un moyen concret pour les parents de ces enfants de créer un canal de communication dont leur enfant a pu être privé au départ par le handicap. Ils vont pouvoir mieux lire et comprendre leur bébé.


Pour les enfants ayant connus des naissances difficiles, présentant des lésions cérébrales probables, certains parents témoignent de l’impact des pratiques de maternage, dont les massages, sur la plasticité du cerveau. Peu à peu, la médecine s’empare de ces cas concrets pour revoir les pratiques au sein des services de pédiatrie et de néonatalogie.


Alors où et comment prendre un cours de massage ?


Il existe beaucoup d’organismes différents qui proposent de former au massage bébé. Personnellement, j’ai choisi de me former à l’IAIM car cette association, créée par Vimala Mc Clure à la fin des années 70, a su construire une méthode efficace, qui a fait ses preuves, et s’est depuis développée à travers le monde. Leur approche est très structurée, avec des mouvements précis, fondés sur plusieurs techniques complémentaires (massage indien, suédois, réflexologie, yoga) pour fournir un ensemble de mouvements qui permettent de bien accompagner le corps du bébé à tous les stades de son développement.




Les mouvements sont enseignés partout dans le monde exactement de la même manière. Leurs cours de massage parent-bébé sont pensés de façon à renforcer chaque parent dans ses compétences de mère ou de père, sans jugement ni « conseils », car l’objectif est d’aider les parents à renforcer le lien d’attachement avec leur enfant et gagner en confiance en eux. Plusieurs thèmes sont abordés au cours de chaque séance, en lien avec le développement physique et émotionnel du nourrisson, pour donner accès aux parents à des informations documentées et scientifiques. Pour bien assimiler les mouvements progressivement, les cours sont répartis sur cinq séances, ce qui permet de pratiquer, d’échanger avec d’autres parents, et de repartir avec un outil concret et efficace, qui pourra servir pour toute la vie.


Dans de prochains articles, je reviendrai sur le massage bébé et ses bienfaits. Je pourrais vous parler du rituel de massage de l’IAIM, comment il est conçu et de certains thèmes abordés au cours des différentes séances.


A vos bébés….prêt … Massez !