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Le projet de naissance, un véritable allié


Il arrive souvent que les futurs parents ne voient pas de prime abord l’intérêt de rédiger un projet de naissance lorsqu’ils n’ont pas d’idées ou d’envies particulières autour de la naissance de leur bébé. Et pourtant, le projet de naissance est un formidable outil de communication pour clarifier au sein du couple les souhaits de la future mère et permettre au futur deuxième parent de mieux les comprendre pour qu’ils puissent contribuer ensemble à s’en rapprocher le plus possible le jour de l'accouchement. Le projet de naissance permet aussi d’entamer un dialogue avec la maternité qui accompagne les futurs parents pour personnaliser leur prise en charge. Au cours de mon accompagnement, une séance est souvent dédiée à cette question.


Les parents peuvent exprimer leurs souhaits lors des différents rendez-vous à la maternité. L‘équipe médicale peut en retour présenter ce qui est déjà prévu dans le protocole de prise en charge, ce qui n’est pas forcément prévu mais réalisable sur demande et éventuellement, ce qui n’est pas faisable. Ainsi, le jour de l’accouchement, cela évite les mauvaises surprises liées à une différence entre les attentes et la réalité de la prise en charge au sein de l’établissement. On peut ainsi mieux concilier les envies du couple avec les contraintes et possibilités au sein de l’établissement de santé.


Ce projet permet aussi d’aborder avec les parents des sujets plus précis autour de la physiologie de l’accouchement, souvent mal connue, pour les aider à prendre conscience de ce qui va concrètement se passer et les aider à vivre la naissance la plus rapide et moins douloureuse possible.


Par exemple, il n’est souvent pas prévu dans le protocole de la maternité de réduire l’intensité lumineuse en salle de naissance. Et pourtant, cela favorise la production de mélatonine, l’hormone que l’on produit lorsqu’on s’endort, et qui est très utile pour favoriser le lâcher-prise et donc aider à avoir des contractions efficaces et moins douloureuses. La plupart du temps, ce n’est pas un problème pour l’équipe médicale, mais encore faut-il en avoir parlé avant pour en être sûr.


Autre exemple, la future maman peut préciser dans son projet de naissance qu’elle ne souhaite pas que la péridurale lui soit proposée mais plutôt qu’elle la demande par elle-même si elle en ressent le besoin. Il n’est pas rare qu’elle soit maladroitement proposée aux mamans en salle de naissance. Or, cela envoie des messages très négatifs à la mère qui peut rapidement perdre pied face à cette suggestion en apparence bienveillante. En réalité, elle peut provoquer de l’inquiétude chez la future mère : « elle trouve que je souffre plus que la normale, peut-être que quelque chose cloche… », « Elle pense que je n’en suis pas capable » ou encore « Si elle me dit ça maintenant, c’est parce que ça va bientôt empirer…».

Toutes ces pensées parasites sortent la mère de la bulle protectrice qu’elle s’est créé pour gérer la douleur et relâcher son corps afin d’accompagner l’ouverture du col. Elle peut littéralement bloquer la progression de son accouchement par ces pensées.


Dernier exemple, il est possible d’aborder la question du consentement dans le projet de naissance. En particulier autour des actes qui sont régulièrement pratiqués pendant les accouchements en maternité : rupture artificielle de la poche des eaux, position de poussée imposée, épisiotomie non annoncée, expression abdominale au moment de la poussée, délivrance induite du placenta, clampage rapide du cordon ombilical, etc.



Il existe des fondements scientifiques aujourd’hui qui justifient de ne pas systématiquement pratiquer ces actes mais ils restent encore parfois pratiqués par simple habitude ou souhait de faire avancer les choses plus rapidement, en reléguant les effets secondaires à un second plan.

Lorsqu’une future maman prend le temps de rédiger un projet de naissance et qu’elle mentionne ces éléments, elle montre qu’elle est avertie, qu’elle souhaite que sa voix soit prise en compte tout en respectant les contraintes de l’établissement, et demande ainsi à ce que toute pratique effectuée sur elle ou son bébé soit d’abord présentée, justifiée et réalisée avec son consentement. C’est un élément fondamental des droits du patient que vous pouvez retrouver ici:


« Art. L. 1111-4. - Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé.

« Le médecin doit respecter la volonté de la personne après l'avoir informée des conséquences de ses choix. Si la volonté de la personne de refuser ou d'interrompre un traitement met sa vie en danger, le médecin doit tout mettre en œuvre pour la convaincre d'accepter les soins indispensables.

« Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment.

« Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, aucune intervention ou investigation ne peut être réalisée, sauf urgence ou impossibilité, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6, ou la famille, ou à défaut, un de ses proches ait été consulté.»



Le projet de naissance est un outil de communication qui est utile pour la future mère car il implique de comprendre les éléments liés à la physiologie en amont de l’accouchement. Il est aussi utile pour le futur deuxième parent car il lui permet de savoir comment accompagner au mieux sa conjointe. Enfin, il est utile pour la maternité car il leur permet de fournir l’accompagnement le plus adapté tout en respectant les protocoles en interne.



Aujourd’hui, la plupart des établissements acceptent et suivent les projets de naissance lorsqu’ils sont fournis. Une copie est généralement conservée dans le dossier médical mais il est toujours bon d’en prévoir quelques copies supplémentaires avec soi dans sa valise de maternité pour pouvoir le distribuer à l’arrivée et ainsi augmenter les chances qu’il soit pris en compte.


Formuler son projet, c’est aussi permettre aux établissements d’adapter leur offre de soins au fil du temps. Les parents renseignés font des demandes et les maternités prennent conscience par ce biais des évolutions attendues pour améliorer la prise en charge. Prenons le simple exemple de la césarienne. De plus en plus de parents, conscients des bienfaits du peau à peau juste après la naissance tant pour le bébé que pour la mère demandent à ce qu’il n’y ait plus de séparation entre le bébé et sa mère après la césarienne. Aujourd’hui, la plupart des établissements ne permettent pas ce moment de peau à peau qui est le plus souvent réalisé avec le papa. Mais ces demandes de plus en plus exprimées par les parents permettent de faire évoluer les protocoles de soin et certains établissements commencent à permettre le peau à peau entre le bébé et sa maman, juste après la césarienne, sans séparation.


Votre projet de naissance est donc utile pour la naissance de votre bébé mais aussi pour les futures naissances de plein d’autres bébés.


Je vous souhaite de beaux projets de naissance à toutes et à tous !